Au rendez-vous de l’Histoire et du souvenir

par M. COURIOL

Le samedi 10 mars 2012, réunis autour de Madame Anise Postel-Vinay, 90 ans, ancienne résistante et déportée à Ravensbrück, les élèves du collège public Sainte-Apolline participant au Concours de la Résistance et de la déportation ont pris part à la réussite de la journée-hommage à la mémoire de Claire Girard.

Souvenons-nous que Claire Girard a été assassinée le 27 août 1944 à la sortie de Courdimanche avec un de ses camarades de la Résistance par les forces allemandes qui avaient établi dans le centre du vieux village une Kommandantur (un poste de commandement). Arrêtée alors qu’elle revenait de Paris libéré, Claire et deux de ses camarades furent interceptés au pont du Cergy-village à leur retour. Amenés au bourg, interrogés brutalement par les nazis alors aux abois, Claire et Raymond Berrivin furent assassinés à la sortie de la commune sur la route menant à Chanteloup, loin des regards des villageois. Claire avait 23 ans seulement. C’est à cette jeune fille brillante et courageuse que la mairie de Courdimanche en partenariat avec le Centre d’Etudes René-Nodot pour la Mémoire de la Résistance et de la Déportation et notre collège a voulu rendre hommage en présence des membres de sa famille. Parmi eux, sa sœur : Anise Postel-Vinay. Les candidats du Concours de la Résistance et de la Déportation et leur professeur d’Histoire, M. Couriol, ont pris une part importante dans ce moment particulièrement émouvant de recueillement dédié à Claire Girard. Marius Uhl lut un admirable poème d’Aragon sur la Résistance et Léa Scurti a ému tout le monde par sa vibrante lecture de la dernière lettre de Claire-Girard. Puis une gerbe fut déposée par une délégation d’élèves de 3èmes sur les stèles au nom du collège et du Centre René-Nodot.
L’après-midi fut aussi riche et réussie. A partir de décembre 1943, Claire avait été à la tête d’une ferme expérimentale de 87 hectares, dimension très importante à cette époque. Malgré son sexe et son jeune âge, elle eut à diriger un groupe d’une vingtaine d’ouvriers agricoles à Welles-Perennes, dans l’Oise. Elle fut très appréciée par ses compétences, son autorité bienveillante, son énergie. Sa maitrise de l’anglais (chose rare à l’époque) l’amena à jouer les interprètes auprès d’aviateurs anglo-américains abattus au-dessus de ce coin de Picardie. M. Couriol avait été contacté par M. Lecomte, un habitant de la région de Welles-Perennes qui, depuis longtemps, réunissait des informations et des témoignages sur l’aide aux parachutistes en Picardie. C’est ainsi qu’il retrouva la trace d’un certain Robert Lorenzi, parachutiste étasunien, tombé au-dessus de Perennes. C’est en menant son enquête sur ce pilote, qu’il apprit l’existence de Claire… Il demanda alors à en savoir plus sur les activités de résistante de la jeune femme lors de l’Occupation allemande. De leur entente est née une exposition de divers documents permettant de restituer la vie de Claire Girard et l’action qu’elle put mener pour la Résistance... Dans la petite salle de la mairie en briques rouges de Welles-Perennes, M. Pamard, le maire et M. Lecomte, accueillirent avec grande sympathie la délégation des élèves du collège menée par Mme Mathieu, Principale Mme Schmitt et M. Couriol qui purent découvrir plusieurs panneaux d’exposition sur l’aide aux aviateurs alliés et un ensemble de documents sur l’enfance de Claire et sa destinée professionnelle. Claire Andrieu, sa nièce, professeur d’Histoire à Sciences po Paris, intervint pour remercier l’assistance, les municipalités, le Centre d’Etudes et notre collège de leurs efforts pour organiser une pareille journée avant d’évoquer le souvenir de sa jeune tante. Une autre gerbe, précédée de discours, fut aussi déposée au pied du monument aux morts de Welles-Perennes devant une assistance encore nombreuses, comme ceci le fut dans la matinée à Courdimanche. A la demande du maire de Welles-Perennes, Marius Uhl et Léa Scurti renouvelèrent leurs lectures avec la même émotion qu’à Courdimanche.

L’attitude des élèves de Courdimanche a été très appréciée de tous. Marius Uhl a été convié par Mme le Maire, le 8 mai dernier, à une autre intervention au monument aux morts de Courdimanche.
Quant-à Léa Scurti, elle devrait faire une lecture publique de l’Appel du 18 juin du Général de Gaulle au bassin de la Louvière devant une assistance que l’on espère nombreuse. Venez donc nombreux encourager Léa le 18 juin prochain à 19h (horaire à confirmer) et, au travers de cette action, rendre à votre tour hommage à celles et ceux qui surent faire opposition à la mise en œuvre d’une politique haineuse, faite d’intolérance et de racisme, celle des nazis et de leurs complices collaborateurs.

Le Concours de la Résistance et de la Déportation 2011-2012, qui avait cette année pour thème « Résister dans les camps nazis », a été l’objet d’une préparation active menée par M. Couriol et Mme Tréhiou. Onze élèves de ce collège s’y étaient inscrits. Ils eurent l’honneur de rencontrer, avec les classes de 3F et 3E dans le cadre de leur travail, trois acteurs de l’Histoire, trois anciens résistants et déportés : M. Jean-Marie Delabre, Mme Frania Haverland, et Mme Marie-José Chombart de Lauwe. Cette dernière est l’actuelle présidente de la Fondation nationale de la Déportation et sa venue était une première pour notre établissement qui peut être fier d’avoir pu encore organiser une semblable et exceptionnelle rencontre avec des témoins nonagénaires ou presque. Nous souviendrons longtemps des larmes de Frania Haverland évoquant ses frères disparus au ghetto et dans les camps ou bien des petits objets : « Ma mère a tenté vainement de nous trouver une cachette dans le ghetto (de Lodz) et lors de l’évacuation du ghetto, j’ai dû lâcher la main de ma mère que je voyais pour la dernière fois…. » Nous nous remémorerons aussi que Mme Chombart de Lauwe, conservait comme des reliques de petits objets qu’elle fabriquait au camp.. Ils témoignaient de son désir de vivre et de résister en détournant, au cœur des camps nazis, l’usage de certaines pièces d’assemblage destinées une fois montées à devenir des outils au service de la force de combat nazie. Pour elle, ils devinrent de petits chapelets, des objets qu’elle pouvait offrir à ses camarades d’infortune pour leur remonter le moral, pour continuer de se comporter en être humain, sensible et généreux, alors que les nazis cherchaient à les avilir, à réduire à l’état de bêtes avant de les massacrer en nombre…

Malheureusement, si la volonté de bien faire des candidats était grande, le Concours fut cette année moins couronné de succès. Marius Uhl est le meilleur du groupe des candidats de Courdimanche avec la 38ème place au classement (catégorie copie individuelle) sur 368 copies rendues dans le Val d’Oise. Espérons que le sujet de l’an prochain : « Communiquer pour résister » sera plus profitable aux élèves du collège public Sainte-Apolline... Mais l’essentiel n’est pas là… Marius et Léa, en raison de l’importance de leurs investissements dans toute l’action effectuée ainsi que de la qualité de leurs travaux, ont gagné le droit de participer au voyage des lauréats du concours en Alsace le 15 et 16 juin prochain. Une visite de Colmar, du château du haut Koenigbourg et du camp de concentration du Struthoff est prévue.

Bravo encore à tous les candidats qui ont eu le courage d’aller jusqu’au bout de cette aventure. Et maintenant, aux futurs élèves de 3ème de se montrer aussi talentueux et impliqués que leurs ainés...
 

M. Couriol, professeur d’Histoire-Géographie,
Secrétaire général du Centre d’Etudes René-Nodot
 

à Welles-Perennes (oise)

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