Dans les locaux de la MELC de Courdimanche,...

par M. COURIOL

Dans les locaux de la MELC de Courdimanche, vendredi 9 mars dernier, l’ensemble des 160 élèves de 3éme du collège public Sainte-Apolline voisin ont pu s’entretenir plus de deux heures durant avec deux anciennes résistantes, Mmes Michèle Agniel et Odile de Vasselot, 92 et 96 ans. Sous la direction de leurs professeurs d’Histoire, ces élèves préparent les épreuves du Concours de la Résistance et de la déportation prévues le 23 mars prochain.
L’échange fut particulièrement riche et les questions nombreuses. Chacun dans la salle avait le sentiment d’assister à un moment privilégié car les survivants de l’Armée des Ombres sont de moins en moins nombreux. Mme Agniel appartenait à un réseau de Résistance- le Réseau Bourgogne-, Mme Agniel participa avec sa famille au sauvetage des aviateurs anglo-américains dont beaucoup furent cachés chez elle. Certains sont même restés 6 mois. Il fallait les nourrir, les habiller, aller les chercher là où ils avaient été parachutés, leur fabriquer de fausses cartes d’identité…
Hélas, le 28 avril 1943, des miliciens et Feldgendarmen étaient dans la maison. Dénoncés, elle et sa famille ( à l’exception de son petit frère de 12 ans) sont arrêtés avec les deux aviateurs présents ce jour-là..
« Nous sommes interrogés, précise-t-elle, pendant 5 heures par des miliciens. Les deux aviateurs anglais sont sortis dans un état épouvantable. Avec mon père et ma mère, nous sommes conduits au siège de la Gestapo, rue des Saussaies à Paris, à attendre dans une cellule, puis à Fresnes où nous avons vu mon père pour la dernière fois … ». Michèle Agniel et sa mère furent déportées au Camp de Ravensbrück : « A notre libération, ma mère ne pesait plus que 28 kg… ».
Odile de Vasselot, elle, écouta par hasard l’appel du 18 juin 1940, toute surprise de reconnaître une voix qu’elle connaissait. De retour à Paris, elle n’eut qu’une idée : « faire quelque chose contre l’occupant ». A l’insu de ses parents, elle servit d’agent de liaison au service de renseignement « Zéro », prenant le train chaque fin de semaine. Elle est alors chargée de remettre courriers et documents à « une boîte aux lettres » à Toulouse, avec en toile de fond la menace sans cesse présente d’une arrestation par la Gestapo. Un jour, son "contact" toulousain est arrêté ; il y a trop de danger à continuer...
Décidée de poursuivre dans la Résistance, au début de l’année 1944, elle rejoignit « le réseau Comète » dont l’un des objectifs était d’exfiltrer les aviateurs alliés abattus en Belgique et dans le nord de la France pour les mener jusqu’à la frontière espagnole. Une vie faite d’aventures et de dangers. « J’ai surtout souffert de mentir à mes parents qui me croyaient à Versailles en train d’étudier alors que je sillonnais la France occupée … »
« Le temps qui passe, juge M. Couriol, professeur à l’origine de cette rencontre, secrétaire général du Centre d’Etudes René-Nodot, renforce l’utilité du travail d’histoire et de mémoire. La période de la Résistance est peuplée de Français qui, comme ces deux dames, face à l’adversité ont fait preuve d’un courage hors du commun qui au final transforme une vie en un destin. Il est difficile de parler de leur sacrifice, sans s’interroger sur ce que nous aurions fait à leur place… Mais leurs exemples donnent aux générations actuelles le courage d’affronter les difficultés de la vie d’aujourd’hui ».